L’Histoire se répète-t-elle encore une fois en Haïti ? Ce 7 mars 2025, Fritz Alphonse Jean succède à Leslie Voltaire à la tête du Conseil Présidentiel de Transition (CPT). Dans un pays à genoux, rongé par la violence, l’effondrement des institutions et une misère grandissante, le discours d’investiture du nouveau président du CPT sonnait comme un refrain connu : sécurité, référendum, élections.
Des promesses ? Oui. Mais après des années de désillusion, la population haïtienne attend autre chose : des résultats.
Car le tableau est sombre. L’héritage laissé par Leslie Voltaire est accablant. Non seulement l’État n’a pas repris le contrôle d’une seule route nationale sous emprise criminelle, mais les gangs ont renforcé leur emprise sur des zones stratégiques, multipliant les exactions à Léogâne, Carrefour-Feuilles, Delmas, Frères et Kenskoff. Fritz Alphonse Jean hérite d’un pays en lambeaux, où l’État ne gouverne plus et où la population survit tant bien que mal.
Dès lors, une question se pose : le nouveau président du CPT aura-t-il les moyens d’inverser la tendance, ou son mandat sera-t-il celui d’une transition sans cap, condamnée à reproduire les erreurs du passé ?
Un État qui n’existe plus
Rétablir la sécurité: la première promesse de Fritz Alphonse Jean est aussi la plus attendue. Mais que vaut un engagement sans l’instrument pour le mettre en œuvre ?
Depuis plusieurs années, les gangs sont devenus plus puissants que l’État. Ils contrôlent des routes stratégiques, taxent la population, dictent leur loi dans des quartiers entiers. L’État, lui, regarde, impuissant.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
Des milliers de familles ont été contraintes à l’exil interne, fuyant les violences à Port-au-Prince et en province. L’économie est paralysée : les transports sont bloqués, les entreprises étranglées par l’insécurité, et l’inflation galopante appauvrit encore plus la population. Le pouvoir politique, quant à lui, est réduit à l’état de spectateur, incapable d’imposer la moindre autorité sur le territoire national.
Dans ce contexte, que peut réellement faire Fritz Alphonse Jean ? L’État haïtien n’a ni armée fonctionnelle, ni police suffisamment équipée, ni alliés solides pour mener une offensive d’envergure contre les gangs. Sans un soutien international conséquent et une refonte en profondeur des forces de sécurité, toute ambition de "rétablir l’ordre" risque de rester un vœu pieux.
Un pays en faillite : santé, éducation, services publics à l’agonie
Haïti n’est pas seulement en crise sécuritaire. C’est l’ensemble du système social qui s’effondre.
L’éducation est sinistrée. Dans de nombreuses zones, les écoles ont fermé par peur des attaques. Une génération entière est sacrifiée sur l’autel du chaos, privée de savoir, privée d’avenir.
Le système de santé est à l’agonie. Des hôpitaux vides, sans matériel ni personnel. Des soins devenus un luxe inaccessible pour une grande partie de la population.
Les services publics n’existent plus. L’État ne paie plus ses fonctionnaires à temps, l’électricité et l’eau potable sont devenues un privilège rare, et les institutions administratives sont en ruine.
Dans ces conditions, parler d’élections et de référendum paraît presque absurde.
Des élections en terrain miné ?
Organiser des élections en Haïti, aujourd’hui, c’est poser un défi quasi insurmontable. Comment garantir un scrutin transparent dans un pays où l’État ne contrôle plus rien ?
Qui protégera les bureaux de vote dans les zones sous contrôle des gangs ? Quelle garantie que les citoyens puissent voter sans menaces ni manipulations ? Comment assurer que les résultats soient légitimes et acceptés par la population ?
L’expérience passée est claire : sans un minimum de stabilité et de sécurité, parler d’élections est une chimère. Pourtant, Fritz Alphonse Jean en fait une priorité. Sera-t-il capable d’inverser la tendance en quelques mois ? Rien n’est moins sûr.
Refondation ou illusion ?
L’avenir d’Haïti repose sur une équation simple : soit l’État reprend le contrôle, soit le pays continue son naufrage.
Fritz Alphonse Jean incarne-t-il l’homme du renouveau, ou sera-t-il le prochain maillon faible d’un système en perdition ?
Il a peu de temps pour convaincre. Chaque jour qui passe sans action concrète est un pas de plus vers l’abîme.
Haïti n’attend plus des promesses. Elle attend des actes.